Wagram

La grande batterie de la Garde à Wagram

E. Litre

Chef d’escadron d’artillerie [1]

La bataille de Wagram est la première des grandes journées où l’empereur ait mis en jeu systématiquement de grandes masses artillerie.

La manière dont la Grande Batterie du 6 juillet 1809 a été constituée a fait l'objet d’appréciations très diverses, les uns critiquant, les autres louant que les batteries à cheval aient pu être placées derrière des batteries á pied.

Il ne sera sans doute pas sans intérêt pour les lecteurs de la Revue de connaître la physionomie de cette Grande Batterie, telle qu’elle résulte des nombreuses recherches auxquelles M. le commandant Litre a été amené pour la rédaction de l’historique des régiments d’artillerie à pied de la Garde. (Note de la Rédaction) [2]

 

Déploiement de l’armée le 6 juillet.

Le 6 juillet, au point jour, l'armée française était rangée dans l'ordre suivant :

A droite, le 3e corps (maréchal Davout) et le 2e (général Oudinot), à Glinzensdorf et Grosshofen ; au centre, le 1e corps (maréchal Marmont) et l’armée d’Italie (vice-roi  et général Macdonald) ; à gauche, devant le d’Aderklaa, le corps saxon (maréchal Bernadotte), et en arrière, à Neu-Wirtshaus, le 4e corps (maréchal Masséna).

La Garde et la division bavaroise de Wrède étaient en réserve derrière le centre, près de Raschdorf[3], face au nord.

La Garde comprenait une division d'infanterie de Vieille Garde, une de Jeune Garde et la cavalerie. A cette dernière étaient attachées les quatre batteries à cheval de la Garde, commandées par le colonel d’Aboville[4] et formant deux groupes, sous les chefs d’escadron Greinier et Chauveau.

A la division de Jeune Garde étaient attachées les 5e et 6e batteries à pied de la Garde, sous le chef de bataillon Boulart[5]; à la Vieille Garde, les 1e et 2e batteries de la Garde, sous le chef de bataillon Pommereul. Toutes ces batteries servaient chacune six bouches à feu : quatre canons de 6 et deux obusiers de 24.

A la suite de la Garde marchait en outre une réserve d'artillerie, formée par les 3e et 4e batteries à pied de la Garde, sous les ordres du chef de bataillon Marin et le commandement supérieur du colonel Drouot[6]. Ces batteries servaient chacune six canons de 12.

La division de Wrède, seule fraction du corps bavarois parvenue à l’armée, comprenait une division d'infanterie et une forte brigade de cavalerie, deux batteries à pied et une à cheval (soit vingt-quatre bouches à feu).

Chaque division avait son artillerie déployée en avant ; la réserve d'artillerie venait derrière la Garde.

 

Attaque de l’ennemi

A quatre heures du matin, l'ennemi attaque vivement notre droite, d'où la canonnade s’étend bientôt sur tout le front. L'Empereur, craignant que l’armée autrichienne de Hongrie n'ait rejoint et renforce la gauche ennemie, se porte d'abord de ce côté avec la réserve de cavalerie.

Mais c’est à notre gauche que l'ennemi dirige ses principales forces et qu'il compte porter ses coups les plus vigoureux. Le centre de sa ligne est solidement établi aux villages de Wagram et d'Aderklaa, et sa droite s’étend jusqu'au Danube.

Les Saxons, ayant fait dès le matin une tentative sur Aderklaa ont été refoulés. Le maréchal Masséna, amenant en ligne le 4e corps, doit faire d’énergiques efforts pour reprendre ce village; une de ses divisions, qui y rentre, continuant de s’avancer au delà, est ramenée un peu en désordre par l’ennemi, et la division Molitor s’engage à son tour pour tenir Aderklaa; elle y subit de grandes pertes. Les Saxons, que le maréchal Bernadotte a reformés à la droite du 4e corps, sont dans l'intervalle mis en complète déroute.

 

Dispositions prises par l’Empereur

L'Empereur accourt sur ces entrefaites. Se rendant compte des dispositions des Autrichiens, il ordonne au 4e corps de se concentrer sur Aspern; à l’Armée d’Italie d'exécuter une conversion, presque un demi-tour, pour faire face au terrain que le 4e corps abandonne; à la Garde, de converser également en avant de Raschdorf pour faire face du même côté.

Mais il faut plusieurs heures pour que ces mouvements s’accomplissent, et l'ennemi, enhardi par la retraite des corps qu'il avait devant lui, s'avance en avant de Wagram et d'Aderklaa, avec tout l'élan du succès. Napoléon ordonne d’abord au maréchal Bessières de couvrir avec la cavalerie le terrain sur lequel l’ennemi est le plus pressant, puis, se portant avec son état-major sur l'un des monticules qui parsèment la plaine, il voit les masses profondes qui s'interposent entre nous et le Danube et prennent en flanc toute la ligne que le maréchal Masséna doit parcourir.

 

Entrée en ligne de l’artillerie de la Garde

Pour protéger cette étendue de plus d’une lieue, il fait presser l’entrée en ligne de l’artillerie de la Garde et de celle de l’Armée d’Italie., et il ordonne au général de Lauriston [7] de former et de commander cette grande batterie, qui comptera environ cent pièces de canon[8] portées très en ayant de leurs troupes.

Les aides de camp s’élancent dans les diverses directions pour amener les batteries désignées. Les plus à portée sont celles de la Garde. Les ordres y parviennent vers les dix heures.

« Aussitôt, le tambour et la trompette se font entendre; en une minute tout le monde est à son poste » [9]

La Garde entière, formée en une seule masse, s'ébranle au même moment et se meut vers sa gauche pour exécuter son mouvement de conversion; les batteries prennent le galop pour gagner la tête des troupes et vont former l’une à la suite de l'autre sur l’aile extérieure une colonne par batterie. L'artillerie à cheval vient la première, sous le colonel d’Aboville ; à peine a-t-elle parcouru six cents mètres que le feu de l’ennemi l'oblige à se mettre en batterie. Les deux batteries à pied du commandant Boulart, qui la suivent, vont s'établir à sa gauche et celles du commandant Pommereul à la gauche du commandant Boulart. Cette ligne de pièces bat tout l'intervalle entre les villages de Süssenbrunn et de Breitenlee.

 

Les batteries de 12 dirigées sur Aderklaa.

Le colonel Drouot, qui vient ensuite avec la division des pièces de 12, s’apprête à e& conformer au même mouvement, quand les événements le font appeler à la droite de l’artillerie à cheval.

Sur l'ordre de l'Empereur, le maréchal Bessières s'est élancé à la charge contre les carrés autrichiens qui s’étendent vers Aderklaa et, après les avoir sabrés, il s'est retourné contre une forte batterie de vingt-cinq à trente pièces établie par l'ennemi en avant du village, quand son cheval, frappé par un boulet, l'a renversé sous lui. La cavalerie, restée sans direction, s'est ralliée, sans pouvoir plus longtemps contenir l’ennemi qui, stimulé par la présence de l'archiduc Charles sur ce point, s'avance de nouveau.

Cependant, les têtes de l’Armée d’Italie, à laquelle on dépêche officiers sur officiers[10] pour hâter sa marche, ne paraissent pas encore; c'est l'heure où les Saxons sont dans la plus grande confusion, et la dernière division du 4e  corps se dégage avec la plus grande peine[11] des environs d’Aderklaa.

« Où est Drouot ? » [12] demande l’Empereur. Drouot ne tarde pas à se présenter. « Allez dans la plaine, lui dit l'Empereur, et écrasez ces masses ennemies. »

Les batteries de 12 commandant Marin, se dirigent sur Aderklaa; elles déploient la colonne serrée dès qu'elles ont dépassé notre ligne, puis, s’avançant au grand trot jusqu’à la moitié de la  distance qui la sépare de la ligne ennemie[13], elles s’arrêtent en batterie et commencent à tirer avec la plus grande énergie. L’ennemi, dont les pièces présentent un front double du nôtre, riposte vivement, mais ses premiers coups ne nous font aucun mal.

«Jamais, dit la commandant Marin, je ne me mis en batterie aussi près de l’ennemi, et je n’ai jamais perdu moins de monde qu'à Wagram. Tous les boulets nous passaient par-dessus la tête » [14]

Bientôt [15], la supériorité du calibre de nos pièces, la justesse de leurs tirs, l'activité et le dévouement de nos servants nous donnent l’avantage; le moral de nos canonniers s’exalte à la vue de l’affaiblissement graduel des feux des batteries autrichiennes d'Aderklaa, qui finissent par être abandonnées.

Napoléon, enthousiasmé par les résultats foudroyants obtenus par notre tir, dit avec feu au général de Lariboisière [16] :

« A Eylau votre artillerie m'a puissamment soutenue, et aujourd'hui elle gagnera la bataille ». [17]

 

Déplacement en avant des batteries de la Garde.

Les autres batteries de la Garde, qui se trouvent en arrière des pièces de 12, tentent de se porter à leur hauteur. Sur une indication de l'Empereur transmise par le général de Lauriston, Drouot, se plaçant à la droite de son groupe, lève son épée et jalonne l'alignement[18]. Mais ce mouvement porte les batteries de la gauche jusque sous la mitraille de l'artillerie ennemie et elles ne peuvent s'y maintenir.

L'artillerie à cheval a plusieurs pièces démontées; le colonel d’Aboville, le chef d'escadron Greiner et plusieurs autres officiers sont grièvement blessés. Dans la division des batteries du commandant Boulart, le capitaine Martin est mortellement frappé. Dans la division Pommereul, le lieutenant Coustard est tué. La gauche de la ligne des pièces se refuse alors légèrement et notre feu est repris avec toute son intensité sur toute la ligne et soutenu encore pendant plusieurs heures.

Cependant l’artillerie autrichienne, beaucoup plus nombreuse que la nôtre, nous déborde à la gauche, de même qu'à la droite et son feu, de ce côté, nous fait le plus grand mal.

« D'instant en instant, des files de servants, de chevaux, sont enlevées. » [19]

Le capitaine Aubert est blessé, le chef de bataillon Boulart est atteint au talon par un boulet de 12, heureusement à la fin de sa course et qui ne détermine qu'une contusion.

 

Formation des divers corps en arrière de la Grande batterie

Mais l’entrée en action des batteries de la Garde a procuré le temps nécessaire aux mouvements de troupes ordonnés par l'Empereur. Les Saxons se sont ralliés derrière le centre de la Grande batterie. La Jeune Garde et la division de Wrède soutiennent les pièces de gauche et une partie de l'Armée d'Italie est venue se former à la droite [20], précédée par son artillerie qui continue de ce côté la Grande batterie.

Pendant ce temps, à l'extrême gauche de la ligne française, la division Boudet, qui gardait Aspern et les ponts, écrasée par des forces très supérieures, est forcée de céder et de se réfugier vers l’île Lobau; les équipages se précipitent en retraite vers les ponts. La grosse artillerie de l'île Lobau contient assez de temps l'ennemi pour donner au maréchal Masséna le temps d’arriver à Essling. Mais l'action qui se déroule sur ce terrain excentrique n'a qu'un effet très atténué sur le centre, où est le nœud de la bataille.

A l’extrême droite, le maréchal Davout a emporté le village de Neusiedel [21], son canon dépasse ce village dans la direction de l'ouest. Il semble que ce soit le moment attendu par l’Empereur. Il ordonne au général Macdonald, commandant de l'aile de l'Armée d’Italie qui a effectué sa conversion, de percer droit à travers les masses ennemies, en prenant pour direction le clocher de Süssenbrunn.

 

La colonne d'attaque du général Macdonald – Appui que lui fournit la Grande batterie de la Garde

Le général Macdonald, qui a formé ses divisions en colonne d'attaque, se porte en avant dans la direction indiquée: il dépasse son artillerie, dont il masque plusieurs pièces, et s’enfonce à travers les lignes ennemies, qui se replient d'abord en désordre à gauche et à droite.

Les réserves de la cavalerie autrichienne se précipitent sur cette colonne. Celle-ci s'arrête momentanément et, faisant exécuter une conversion aux subdivisions extrêmes de ses ailes, lui présente trois lignes de feux. En même temps, toute la droite de la Grande batterie de la Garde et principalement les batteries de 12 couvrent de mitraille les cuirassiers autrichiens, qui viennent s’abattre à portée des baïonnettes de nos bataillons.

Poursuivant sa marche, le général Macdonald dépasse sur sa droite les vingt-cinq à trente pièces de canon que le feu de nos batteries de 12 a fait abandonner; il ordonne à la cavalerie dont il dispose de s’en emparer; mais celle-ci est lente à se former et charge trop tard; les officiers autrichiens parviennent à ramener assez de conducteurs du train pour réatteler et sauver leurs pièces.

Le désordre n’est pas moins grand sur la gauche de la colonne d’attaque, où il ait accru par les boulets que les divisions Pommereul et Boulart et la fraction des batteries à cheval qui n'a point été masquée ne discontinuent point de jeter sur l'ennemi.

Le général Macdonald pénètre ainsi jusqu’à deux mille mètres de Süssenbrunn. Là, réduit au deux liera de son effectif, il s'arrête dans une sablière et attend du renfort.

 

Suspension du feu de la Grande batterie

L'Empereur envoie les deux autres divisions de l'armée d'Italie pour appuyer le général Macdonald sur sa droite, et, sur sa gauche, la division bavaroise de Wrède; celle-ci est suivie par la cavalerie de la Garde, et, de plus loin, par les tirailleurs et les fusiliers conduits par le général Reille [22].

Les batteries des commandants Pommereul et Boulart reçoivent l'ordre de cesser le feu pour laisser ces mouvements s’effectuer. L'artillerie qui leur est opposée cesse le sien en même temps; comme nous, l'ennemi a besoin de repos. Les canonniers sont haletants; le soleil de deux heures après midi, en ce mois de juillet, les brûle, et ils n'ont aucun abri[23]. Une petite mare de quelques mètres qui se trouve sur l'emplacement des 5e et 6e batteries à pied de la Garde est tarie par les canonniers qui boivent jusqu'à la boue.

 

La gauche de la Grande batterie reprend son feu

Cependant, l'approche des Bavarois, avec leur artillerie, donne une nouvelle impulsion à la colonne du général Macdonald qui emporte Süssenbrunn et continue son mouvement sur Gerarsdorf. Ce second point, quoique fortement retranché, est rapidement enlevé grâce[24] à l'artillerie des divisions de soutien, et le général,  rejoint à Gerarsdorf par les premières troupes de la Garde, pousse au delà jusqu'à la route de Brünn.

Mais les corps autrichiens qui plient devant lui n'ont point instantanément entraîné la retraite de ceux qui ont garni tout le terrain jusqu'à Breitenlee et Aspern. Les troupes et l'artillerie placées en face de toute la gauche de la Grande batterie de la Garde sont toujours en position, aussi fermes qu'auparavant. Nos batteries, dès qu'elles se retrouvent démantelées, à la suite du mouvement des tirailleurs et des fusiliers de la Garde, rouvrent le feu sur elles, mais en se bornant à user seulement les munitions qui restent dans les coffres.

L'ennemi riposte aussitôt d'un feu aussi nourri que précédemment et aussi meurtrier. Bientôt, cependant, il commence à se ralentir et à battre en retraite. Le commandant Boulart, qui n’a pas tout à fait consommé ses munitions, ordonne à ses batteries de faire feu en avançant et poursuit l'ennemi en le canonnant, pendant près d'une lieue. Mais les Autrichiens se retirent bientôt d'une manière accélérée et finissent par être hors de vue de nos batteries, qui marchent maintenant à hauteur des Bavarois, ont dépassé le village de Gerasdorf, lorsqu'elles reçoivent l’ordre de rétrograder et de rallier la Garde qui s'établit au bivouac vers Raschdorf, à peu près sur le terrain où elle se trouvait la nuit précédente.

 

Les batteries de 12 reportent leur tir contre la position de Wagram

Cependant les batteries de 12 placées à la droite de la Grande batterie de la Garde n'étaient point restées inactives. Après avoir éteint le feu de la batterie ennemie d’Aderklaa et contribué par leur mitraille à repousser la charge des cuirassiers autrichiens contre la colonne de l'Armée d'Italie, elles s'étaient vues masquées sur leur front par les progrès de cette colonne; les pièces avaient alors reporté leur tir coutre les batteries de position établies sur les hauteurs de Wagram, s'avançant pendant l'exécution du feu, jusqu'à petite portée de l'ennemi.

« Pendant l'action, rapporte J. Nollet, le colonel Drouot aperçut, du côté de Wagram et vers le bas du coteau auprès duquel coulait un ruisseau, une batterie ennemie de gros calibre qui nous prenait d’écharpe. Il s’en approcha avec une des siennes et il en était déjà si peu éloigné que l’idée lui vint de s'en emparer. Mais le feu de l'ennemi et les bords marécageux du ruisseau ralentirent son mouvement et déterminèrent le colonel à abandonner ce projet et à revenir à hauteur des autres batteries. »

 

Fin de la bataille.

L'artillerie du l'Armée d'Italie, en partie, celle du 11e et celle du 2e corps n'avaient cessé depuis le matin de canonner également toute la rive gauche du Russbach, de telle sorte que, lorsque le 3e corps eut dépassé Neusiedel, le général Oudinot, franchissant le ruisseau, enleva promptement Baumersdorf, puis, remontant vers Wagram, n'eut plus qu'à enfoncer quelques carrés pour y emporter la position.

A sa droite, le maréchal Davout poussait vivement toute la gauche ennemie. A notre gauche, le maréchal Masséna était parvenu vers une heure à Essling; puis entendant la canonnade du centre, qui avait commencé derrière lui, redoubler d'intensité en gagnant vers Süssenbrunn, il avait fait front du côté de l’ouest et poussé droit devant lui jusqu'à Jedlesdorf, où il parvint à six heures du soir.

Les Autrichiens étaient en pleine retraite sur tous les points, quelques corps sur les routes de Moravie, la plus grande partie vers la Bohême.



[1] Extrait de l’ouvrage : Les régiments d’artillerie à pied de la Garde, le régiment monté de la Garde et le 23e régiment d’artillerie (1808 – 1895), ouvrage historique par E. Litre, chef d’escadron au 23e d’artillerie.

[2] Revue d’artillerie – Août 1895. Les illustrations sont de la Rédaction du site.

[3] Rassdorf (ndlr)

[4] Augustin-Marie d’Aboville (1776 – 1843). Commandant les batteries à cheval de la Garde, il a le bras droit enlevé par un boulet durant la bataille. (ndlr)

[5] Jean-François Boulart (1776 – 1842). Déjà blessé au pied à Essling, il est contusionné par un boulet à Wagram. (ndlr)

[6] Antoine Drouot (17874 – 1847). Il est blessé au pied droit durant la bataille. (ndlr)

[7] Jacques-Alexandre-Bernard Law, comte Lauriston (1768 – 1828) (ndlr)

[8] Il y eut dans le premier moment les soixante pièces de la Garde et, peu après, les batteries (seize pièces) des divisions Broussier et Lamarque amenées par le maréchal Macdonald. Il s’y joignit pendant quelques temps l’artillerie de la division bavaroise de Wrède, qui marchait avec la Garde (vingt-quatre pièces). La division Seras ne fut mise sous les ordres du maréchal Macdonald qu’au dernier moment, et la batterie de cette division ne put vraisemblablement être comprise dans la grande ligne d’artillerie. Les batteries des deux dernières divisions de l’Armée d’Italie ne quittèrent point leurs divisions, et le général Sorbier, commandant l’artillerie de l’Armée d’Italie, ne rejoignit le maréchal Macdonald qu’à Süssenbrunn.

[9] Mémoires militaires du général baron Boulart.

[10] Souvenirs du maréchal Macdonald

[11] „Vers midi, l’artillerie de la Garde impériale, soutenue par d’autres troupes, vint tenir tête au village d’Aderklaa, et la 3e division eut ordre de se porter en arrière, avec les 1e et 3e divisions, au secours de la 4e (général Boudet) à Gross-Aspern. La 3e division essuya dans cette marche de flanc, qui dura près d’une heure et demie, le feu d’une artillerie très nombreuse et, quoiqu’elle eût beaucoup à souffrir, elle exécuta dans le plus grand ordre ce mouvement en colonne par divisions. Arrivés vers deux heures près de Gross-Aspern, etc. (Rapport historique du général Molitor sur la campagne de 1809)

[12] Général Pelet, Guerres de 1809. Propos également rapporté par Nollet (Vie du général Drouot. Cet auteur est l’écho du colonel Aubert, qui commandait à Wagram la 5e compagnie à pied de l#artillerie de la Garde.

[13] C’était la tactique familière du commandant Marin, celle qui lui avait si bien réussie à Aboukir, à Montebello, et qui avait fait sa fortune.

[14] Propos rapporté par le général Thoumas dans ses Causeries Militaires. Ce général suppose que l’intervention du commandant Marin s’est produite devant Gross-Aspern pour dégager la division Boudet. La situation de l’artillerie de la Garde à la date du 1er juillet ne laisse aucun doute : le chef de bataillon Marin commandait les deux batteries de 12, sous les ordres supérieurs du colonel Drouot, et ces dernières furent employées devant Aderklaa pour dégager la division Molitor. Le général Thoumas ajoute, d’ailleurs, que l’Empereur avait été témoin de la valeur de Marin ; cela confirme bien qu’il s’agit d’Aderklaa et non d’Aspern.

[15] Général Koch : Mémoires de Masséna.

[16] Jean-Ambroise Lariboisière (1759 – 1812) (ndlr)

[17] Général Duchand, brochure sur le Droit au commandement.

[18] Thiers, Pelet, Nollet, Mazas, etc.

[19] Boulart, qui ajoute „J’avais à droite et à gauche, et en arrière de mes batteries, un régiment d’infanterie et un de cuirassiers ; ils furent abîmés. »

[20] „Je fis donc avancer au pas de course quatre bataillons, suivis de quatre autres, que je déployais sur deux lignes, et pendant que mon artillerie ouvrait son feu, que celle de la Garde venait se mettre en position – ce que l’Empereur nomma la batterie de cent pièces de canon, - mes deux divisions allaient se former en colonne d’attaque. » (Souvenirs du maréchal Macdonald)

[21] Markgrafneusiedl (ndlr)

[22] Honoré-Charles-Michel-Joseph Reille (1775 – 1860). Il commande les fusiliers-tirailleurs de la Garde. (ndlr)

[23] Boulart

[24] S’étant aperçu de mon dessein, l’ennemi évacua précipitamment ; il pouvait y être également contraint par une batterie d’obusiers de je ne sais quel corps placée fort en arrière de moi, et qui l’incendia. (Rapport du général Macdonald)


La prise de Sachsengang

6 juillet 1809

 


A la veille des deux journées de Wagram, le château était partie intégrante du système de défense mis en place par l’archiduc Charles, dans l’optique du retour des français sur la rive gauche du Danube. Mais, situé à l’extrême gauche de son dispositif, il n’avait été doté que de quelques pièces d’artillerie, ainsi qu’une très faible garnison (un bataillon de la brigade Nordman, du corps de Hiller), car, à ce moment, l’Archiduc croit toujours à un second passage des français entre Aspern et Essling.

Marmont: "L’archiduc se contenta  d’occuper le château de Sachsenhausen, poste isolé, placé au delà de Enzersdorf….les ouvrages occupés étaient destinés seulement à leur sûreté particulière et à présenter momentanément une première défense, pour retarder les mouvements de l’armée française.."

Dans la nuit du 4 au 5 juillet, l’ordre est donné aux corps d'armées de Masséna, Davout et Oudinot (qui sont stationnés dans la Lobau) de passer le Danube, en dessous de Groß-Enzersdorf. Le passage effectué, c’est Oudinot qui a la charge du secteur situé vers Mülheiten, où il engage sa droite. Le château de Sachsengang est cerné, puis criblé d’obus. Au lever du jour, Oudinot remonte la plaine du Marchfeld, laissant à son arrière garde le soin d’en finir avec le Sachsengang. De fait, son commandant, se voyant comme noyé au milieu des 150 000 soldats français, n’attend pas plusieurs sommations et se rend.

Marmont:

"Le bataillon placé dans le château de Sachsenhausen, ne s’étant pas retiré assez tôt, fut fait prisonnier."


Petite victoire, mais évènement important, car il enlevait toute inquiétude à Napoléon, quant à une possible incursion des autrichiens (l’archiduc Jean aurait pu s’engouffrer par là, dans le dos des français)


Les combats à Aderklaa

5 Juillet 1809


Les premières troupes françaises atteignent Aderklaa vers 5 heures de l'après midi du 5 juillet. Il s'agit d'une partie du corps d'armée de Bernadotte, la division mixte Dupas et la division saxonne, qui viennent de repousser la brigade Riese de l'avant garde de Nordmann et les Grenzers de Wallachie et Illyrie. A ce moment, elles sont attaquées par les cuirassiers de Roussel (prince Albert et archiduc François). La cavalerie saxonne se prépare à charger, lorsque les chevau-légers du prince Clemens, pressés d'en finir, chargent avant tous les autres. Ils sont arrêtés net dans leur élan par les autrichiens, qui ont attendu qu'ils soient à portée de fusils pour les recevoir d'un tir nourri. L'ensemble de la cavalerie charge alors, en formation en échelon. Les autrichiens ne peuvent recommencer leur exploit, ils doivent subir la mêlée. Dans cette affaire, deux escadrons, l'un saxon, l'autre autrichien, appartiennent au prince Albert de Saxe.

 



Marbot:

"Parmi les incidents remarquables....je dois citer le combat de deux régiments de cavalerie qui, bien que servant dans des armées opposées l'une à l'autre, appartenaient au même colonel propriétaire, le prince Albert de Saxe-Teschen. Celui-ci (..) possédait un régiments de housards en Saxe et un de cuirassiers en Autriche. L'un et l'autre portaient son nom (...) Ces deux régiments se trouvèrent en présence sur le champ de bataille de Wagram, où, stimulés par le devoir et le point d'honneur, ils se chargèrent mutuellement. Chose remarquable, les cuirassiers furent enfoncés par les housards, qui combattirent avec la plus grande vigueur, tant ils étaient désireux de  réparer sous les yeux de Napoléon et de l'armée française le double échec qu'avait éprouvé l'infanterie saxonne !"...) Ces deux régiments se trouvèrent en présence sur le champ de bataille de Wagram, où, stimulés par le devoir et le point d'honneur, ils se chargèrent mutuellement. Chose remarquable, les cuirassiers furent enfoncés par les housards, qui combattirent avec la plus grande vigueur, tant ils étaient désireux de  réparer sous les yeux de Napoléon et de l'armée française le double échec qu'avait éprouvé l'infanterie saxonne !"

A la fin, la cavalerie autrichienne doit se replier, au-delà d'Aderklaa. L’espace entre Raasdorf et Aderklaa est donc dégagé, ce qui permet à l’infanterie du IXe corps de se déployer. A 7 heures le soir, elle approche de Wagram, l’ordre ayant été donné par Napoléon d’attaquer sur toute la ligne de front. Aderklaa va être un peu plus tard le refuge, justement, des troupes saxonnes de Bernadotte, se repliant en désordre de Wagram, où l'affaire du Sachsen Klemm les a décimés et mis en déroute.

6 Juillet 1809

Dans la nuit, vers 2 heures, Napoléon donne l'ordre à Masséna de porter la majeure partie de ses troupes vers Aderklaa.

Aux premières lueurs de l'aube, Bernadotte retire ses troupes de la position qu'ils occupent dans le village, la trouvant sans doute trop exposée. En effet, il aperçoit à sa droite les troupes de Bellegarde, qui descendent des hauteurs de Wagram, à sa gauche les cuirassiers et les grenadiers de la réserve autrichienne s'avancer vers Süssenbrunn. C'est pourquoi, lorsque Bellegarde atteint Aderklaa, s'attendant à une forte résistance, il trouve un village sans défense. Il le fait occuper immédiatement, ainsi que l'espace qui le sépare de Wagram. Un duel d'artillerie commence peu après, l'artillerie des saxons étant renforcée par celle du IIe corps d'armée (Oudinot).

L'arrivée de Masséna déclenche l'attaque d'Aderklaa, dans le but de le reprendre. C'est Saint-Cyr qui en est chargé, aidé de la brigade Hessoise. Les saxons doivent, en même temps, porter leur effort sur la droite, entre Aderklaa et Wagram. La première ligne autrichienne cède sous les coups des soldats de Saint-Cyr, mais la seconde, menée par Bellegarde, tient bon. Les français, dans leur élan, traversent le village et se trouvent face à des autrichiens parfaitement reformés et qui les accueillent avec un feu nourri. Français et Allemands sont contraints à la retraite dans le village. Pire, à droite, les Saxons, attaqués par la cavalerie autrichienne, prennent panique, et refluent jusqu'à Raasdorf, où la présence de Napoléon les arrête. Au même moment, les grenadiers de la Réserve autrichienne, ayant à leur tête l'archiduc Charles, reprennent Aderklaa, après un violent combat, parfois un corps à corps. Masséna lance les cavaliers de Lasalle et Marulaz sur les batteries autrichiennes, qu'ils dispersent, mais sont obligés presqu'aussitôt d'abandonner à leur tour, sous la pression de la cavalerie de Liechtenstein.

Masséna envoie alors la division Molitor, pour définitivement reprendre le village. Peine perdue: des renforts de grenadiers permettent aux autrichiens de refouler les français, qui reculent sous la protection de la division Legrand. Aderklaa est de nouveau abandonné. Les français laissent sur le terrain 4 drapeaux et 500 prisonniers. Il est dix heures du matin. Masséna reçoit alors l'ordre de se porter au sud, à la rescousse de la division Boudet, qui, le long du Danube, doit faire face au 3e Corps d'armée de Klenau, qui menace le flanc gauche de l'armée française. Opération délicate, car Masséna doit en quelque sorte, défiler devant, et prêter son flanc, aux autrichiens (Réserve de grenadiers et 3e Corps d'armée - Kolowrat).  Une attaque de la cavalerie de Bessières est ordonnée pour le protéger, mais est menée tant soit peu dans le désordre, entraînant de nombreuses pertes. Bessières lui-même est blessé.

 


Savary:

"Le maréchal Bessières avait à peine commencé d'exécuter [cet ordre] qu'il est atteint par l'un des plus extraordinaire coup d'artillerie que je ne vis jamais: le boulet à pleine vitesse lui déchira le pantalon depuis le haut de la cuisse jusqu'au genou, zigzaguant le long de la hanche, comme l'aurait fait la foudre; il  fût mis a bas de son cheval si brusquement, que nous pensâmes qu'il avait été tué sur le coup. Le même boulet avait détruit le canon de son pistolet . L'Empereur l'avait vu tomber, mais ne l'ayant pas reconnu  tout de suite, avait demandé <Qui est-ce - c'était son expression habituelle -   Bessières, Sire>. Il tourna bride aussitôt, disant :  < Allons, je n'ai pas le temps de pleurer, évitons une autre scène> faisant allusion à ce qui s'était passé au moment de la mort du maréchal Lannes. Il m'envoya voir si Bessières était encore en vie: il venait d'être allongé sur le sol et avait repris ses esprits, ayant été sérieusement atteint à la hanche, qui était paralysée."  


Napoléon:

"Le boulet qui vous a frappé a fait pleurer toute ma garde; remerciez-le, il doit vous être bien cher !"


Toutefois, cela permet de ralentir les autrichiens, et donne le temps à Napoléon pour faire mettre en ligne plus de cent canons, entre Aderklaa et Breitenlee (la "Grande Batterie", composée de 60 canons de la Garde et de 40 pièces de l'armée du prince Eugène, dont beaucoup de fort calibre), sous la direction de Lauriston.

Savary:

"Il [Napoléon] ordonna à son aide de camp, le général Lauriston, qui commandait les 80 pièces de l'artillerie de la Garde, de les faire tirer , toutes ensemble, sur le centre de l'ennemi".

C'est un enfer de mitraille et de feu qui est alors dirigé sur Aderklaa. Les champs sont bientôt en flammes, les blessés impuissant à s'échapper. Kolowrat ordonne le repli sur la route Breitenlee-Süssenbrunn, et ordonne à son artillerie d'ouvrir le feu sur les troupes de Masséna qui pour ainsi dire défilent devant lui. Par chance ce dernier est déjà hors de portée. Il va atteindre Essling vers midi.

A peu près au même moment, Napoléon ordonne à Macdonald une attaque générale contre les troupes de Kolowrat et la Réserve de grenadiers. Macdonald n'a plus sous ses ordres que 8000 hommes, formés en un énorme carré: le front constitué de huit bataillons d'infanterie, les flancs couverts par les cavaliers de la Garde, à droite, et de Nansouty, à gauche. La "Grande Batterie" les appuie, ouvrant un feu nourri contre les autrichiens. Ces derniers ripostent, causant d'horribles dommages dans les rangs des soldats de Macdonald, sans pour autant stopper leur marche en direction de Süssenbrunn. En moins d'une heure, des 8000 hommes engagés, 1500 sont encore debout.

Macdonald:

"Je fis donc avancer d'abord, et au pas de course, quatre bataillons suivis de quatre autres que je déployai sur deux lignes, et pendant que mon artillerie ouvrait son feu, que celle de la Garde venait se mettre en position - ce que l'Empereur nomma la batterie de cent pièces de canons - mes deux divisions allaient se former en colonnes d'attaque, lorsque l'ennemi qui s'avançait toujours fit halte et redoublant son feu d'artillerie, d'une ligne double de la notre, nous fit un mal prodigieux; toutefois je faisais serrer les rangs au fur et à mesure que des files étaient hors de combat, et tirer les alignements comme à l'exercice."

Pourtant, les autrichiens vont être incapables d'exploiter ces terribles évènements. En effet, tant à Markgrafneusiedl qu'à Essling, ils doivent déjà reculer. Leur défaite est en vue.


Les combats à Groß-Enzersdorf

4-5 juillet 1809

 


C’est dans la nuit du 4 au 5 juillet que le bombardement de la ville commence. Plus de cent pièces, installées dans la Lobau, se mettent à tirer en même temps. Le but est de démolir la ville, de manière qu’elle ne puisse servir de point d’appui aux autrichiens, mais également de couvrir le terrain qui s’étend devant elle (vers Mühlheiten et Wittau) de tant de mitraille que ces mêmes autrichiens (notamment l’avant garde de Nordman), ne puissent y tenir. Le colonel Baste, commandant des batteries, fait tirer sur tous les points où l’on aperçoit des feux. Des milliers d’obus se répandent sur Groß-Enzersdorf, (la population a fuit, de sorte que peu de civils seront tués pendant cette bataille) dont les pièces installées dans l’île, et est rapidement réduite au silence.

En peu de temps, le village est en flamme.

Marmont:

"Nos batteries eurent bientôt mis en feu la petite ville d’Enzersdorf, dont les défenses misérables n’avaient aucune valeur et ne présentaient aucun abri"

Girault:

"Bientôt la petite ville d’Enzersdorf, sur les bords du Danube, fût tout en feu, et lorsque le clocher brûla, on y voyait dans l’île comme en plein midi."

Au même instant, un orage d’une violence inouïe s’abat sur cette rive gauche du Danube, où les troupes de Masséna et Davout commencent à prendre pied. Marmont couvre les ponts sur la rive droite. A 5 heures du matin le 5 juillet, le premier se trouve devant Groß-Enzersdorf, le second, à droite, au-dessus de Wittau.