La bataille de Baylen (Bailén)

Le général espagnol Castaños[1] rassemble une armée d’un peu plus de 30.000 hommes, comprenant les divisions du général Théodore de Reding, du marquis de Coupigny[2], d'origine wallonne, du général Felix Jones, d'origine irlandaise, et du général Juan-Manuel la Peña, seul Espagnol. Il faut y ajouter la division de montagne du colonel Cruz Mourgeon et le corps franc du comte de Valdecañas.

Le 14 juillet, des escarmouches ont lieu entre les Espagnols et des postes français situés au sud de la rivière. Le lendemain, 15 juillet, une première véritable attaque est repoussée par les Français. Curieusement, alors que Dupont sait maintenant que les Espagnols ne sont pas groupés, il néglige l’opportunité de les battre séparément, préférant rester sur la défensive.

Le 16 juillet [3],  Mengibar, sur les rives du Guadalquivir, une partie de la division Vedel et les troupes de Gobert, accourues en renfort, affrontent la division de Reding. Gobert est tué durant l’assaut. Les Français retraitent sur Bailén et La Carolina. Entre temps, Vedel a rejoint Dupont qui l'a appelé à Andujar[4], mais le renvoie aussitôt vers Bailén à la poursuite du général Reding. Ne le trouvant pas, Vedel continue ses recherches en direction de La Carolina.

Le soir du 18 juillet, profitant de l'obscurité, Dupont quitte Andujar pour échapper à la menace des troupes de Castaños, établies à proximité.

18 juillet

Le 19, vers 3 h 00 du matin, l’avant-garde française arrive au contact d'un détachement espagnol, au pont du Rumblar, à 5 km de Bailén. Les combats proprement dits commencent à 4 h du matin, au moment où Dupont a rejoint la tête de la colonne. Entre 4 h et midi, Dupont va lancer cinq assauts contre les troupes espagnoles que Reding et son second Coupigny ont déployées à la sortie ouest du village de Bailén. A midi, il ne reste plus que 2.000 hommes du côté français en état de se battre; les autres sont morts ou blessés ou encore ont quitté le champ de bataille vaincus aussi par la chaleur intense et la soif. Voyant la situation désespérée, Dupont se décide à demander une suspension des combats, qui est accepté par Reding.

Durant la matinée, Castaños, commandant en chef des troupes espagnoles, n'a pas bougé, et s’est contenter d'envoyer La Peña et sa division au secours de Reding et Coupigny à 8 h du matin; ces renforts ne se manifesteront à la hauteur du Rumblar qu'après la trêve.

19 juillet

De son côté, Vedel n'arrive qu'à 5 h de l'après-midi à Bailén. N’ayant pas pris au sérieux les premiers bruits de la bataille entendus depuis La Carolina, il n’avait fixé le départ de ses troupes qu'à 7 h du matin (elles mettront dix heures pour parcourir les 23 km séparant La Carolina de Bailén !). Quand il arrive, Vedel ne croit pas à la défaite française et fonce sur les troupes espagnoles qui surveillent la route de Madrid au nord-est de Bailén.  Mais il doit bientôt se rendre à l'évidence: Dupont l'a aussi inclus dans la trêve et il doit déposer les armes.

Le lendemain, les négociations, consécutives à la trêve, commencent entre Castaños, Tilly et Escalante du côté espagnol, Chabert (choisi par Dupont, blessé aux reins par une balle perdue et malade, pour le représenter), Marescot et Villoutreys du côté français. Ces négociations vont conduire à la reddition pure et simple.

 22 juillet

 Le 2e corps d’observation capitule et la Convention d'Andujar est signée mais ne sera pas respectée par la Junte. Dupont et ses généraux seront transportés par bateaux à Marseille et Toulon. Le reste de l'armée française[5], soit près de 16.000 hommes, sera d'abord acheminé jusqu'à Cadix et gardé sur des pontons (les restes des bâtiments rescapés de la bataille de Trafalgar et dépourvus de leurs superstructures).

Au mois de février 1809, certains seront transportés sur l'île de Cabrera dans les Baléares, d'autres aux Canaries. En 1810, les officiers poursuivront leur captivité en Angleterre. Une minorité parmi les soldats survécut jusqu'en 1814, date à laquelle ils seront enfin libérés.

[1] On le surnomme alors le Gitano. Après le 2 mai, il a félicité Murat « pour sa magnanimité », l’assurant également de son loyalisme…préparant dans le même temps un projet de fuite de Ferdinand et entraînant des troupes contre les Français !(cité par Lucas-Dubreton (Napoléon devant l’Espagne)

[2] C’est un émigré français.

[3] Ce 16 juillet est le jour anniversaire de la bataille de Las Navas de Todola (en 1212), première grande défaite des Maures en Espagne, et qui a eu lieu non loin de là, à Castro Ferral , dans la province de Jaén

[4] Dupont lui a demandé une partie de ses troupes en renforts, mais Vedel, se méprenant sur l’importance de cette demande (l’ordre fut-il mat rédigé, mal transmis ?), est venu avec pratiquement toute sa division, évacuant par là même Mengibar, que les Espagnols de Reding  occupent aussitôt.

[5] Selon les termes de la capitulation, les troupes de Dupont auraient dû être transférées dans un port de France. Il apparut rapidement qu’il n’y avait pas suffisamment de vaisseaux espagnols pour cette tache, mais l’amiral Collingwood refusa de procéder à ce transfert, sur ses propres vaisseaux, sans en avoir l’autorisation de son gouvernement. Le Premier ministre Canning, quelques semaines plus tard, écrivit à la Junte que, pour être obligeant envers son allié espagnol, il autorisait le transfert, en plusieurs convois, des prisonniers vers des ports français (Nantes et Lorient). Mais ce n’était plus du goût de la Junte, et cette proposition fut purement et simplement mise de côté. (Oman, History of thePeninsular War, tome I.)