La bataille d'Hollabrunn

Après la prise des ponts de Vienne, Murat ne perd pas une minute: il continue sa marche en avant, voulant devancer Kutusov, et arriver à Hollabrunn, voire Znaim, avant ce dernier. Le soir même, les grenadiers d'Oudinot sont à Korneuburg, les cavaliers de Walther et Treillard atteignant même Stockerau.

Murat reste à Vienne, passant la nuit au palais du prince Albert (l'actuel Albertina). Le lendemain il donne l'ordre au gros de ses troupes (la cavalerie, le IVe et le Ve corps, commandés respectivement par Soult et Lannes. Lui même atteint, à la tombée de la nuit du 14, Stockerau  que les troupes de Lannes ont traversé dans la journée, faisant même prisonnier, usant de la même ruse qu'à Vienne, un bataillon entier du régiment frontalier Perterwardeiner.

Ce même jour, entre 11 heures et midi, les premiers cavaliers des 9e et 10e hussard atteignent le village de Siendorf. L'après-midi, l'avant garde française s'avance, en direction d'Hollabrunn, jusqu'à Ober-Mallerbarn.

Murat passe la nuit à Stockerau. L'armée française a pris possession d'un dépôt d'armes et de munitions, ainsi que de nombreux chevaux: cette importante prise de guerre est immédiatement distribuée aux régiments qui en ont bien besoin.

Dumas: "L'on a trouvé dans cette place plusieurs magasins autrichiens, contenant des bottes, des souliers, capotes, pantalons, caleçons, tout fut distribué à la troupe. Cette distribution ressemblait parfaitement à un pillage."

Dans la nuit, l'avant garde de Murat - emmenée par le général Sébastiani - entre en contact, à Göllersdorf, avec des soldats russes, et atteint peu après midi Hollabrunn, que les hussards d'Hessen-Combourg viennent d'abandonner.

Le gros des troupes françaises suit rapidement l'avant-garde, en direction d'Hollabrunn, par Schönborn et Göllersdorf. Pourtant, Murat ignore encore quelles sont les forces ennemies de ce coté, dont il suppose (et il a raison) qu'elles ont leur quartier général à Jetzelsdorf.

Dans l'après-midi du 15 novembre, les deux armées ne sont qu'à peu de distance l'une de l'autre. L'arrière garde russe (sous le commandement de Nostitz) se trouve devant Schöngrabern. Bagration lui-même est juste derrière, le long de la route qui mène, par Grund et Guntersdorf, à Jetzelsdorf. Murat occupe Hollabrunn et les environs, avec sa cavalerie et les grenadiers d'Oudinot.

Dumas:

"La division dans le plus grand ordre s'avance en colonne par pelotons, nous traversons le village d'Hollabrünn. Avant d'entrer dans le village on a pris un convoi considérable de chariots, de canons, de bagages, appartenant au corps d'armée de Koutousov qui le croyait là en sûreté parce qu'il ne s'attendait pas que nous passions si promptement le Danube à Vienne. C'était un parc de réserve."

Mais Murat préfère attendre le gros des troupes des corps de Lannes et Soult, encore en mouvement vers Hollabrunn. C'est à ce moment que, de nouveau, on fait place à la ruse, et l'on fait croire qu'un armistice est sur le point d'être signé. Sébastiani et Murat rencontrent, vraisemblablement  à Suttenbrunn, le général Nostitz, et réussissent à le convaincre de reculer au delà de Schöngrabern, que les grenadiers russes doivent évacuer. A ce moment, la situation pour l'armée de Koutousov, qui se trouve en train traverser Jetzelsdorf, est critique: les soldats sont fatigués par des marches répétées, et peu disposés au combat.

Pourtant, Murat n'attaque pas. Au contraire, il discute, avec Wintzingerode et Dolgorouki (envoyés par Koutousov) et signe, le soir du 15 novembre, un cessez-le-feu, qui prévoit que les armées russes quitteront le territoire autrichien par le même chemin qu'ils y sont entrés, et que Murat arrêtera sa marche vers la Moravie ! Par précaution, Murat obtient que cet accord prendra effet lorsque Napoléon l'aura lui-même signé; en attendant, les troupes des deux armées resteront sur leurs positions.

Langeron:

"On resta en présence à trois ou quatre cent pas les uns des autres, et l'on convint de se prévenir quatre heures avant de recommencer les hostilités..."

Marbot:

"Pour se tirer de ce mauvais pas, le vieux maréchal russe (Koutousov) employant à son tour la ruse, envoya le général prince Bagration en parlementaire vers Murat auquel il assura qu'un aide de camp de l'empereur venait de conclure à Vienne un armistice avec l'empereur napoléon, et qu'indubitablement la paix s'ensuivrait sous peu. Le prince Bagration était un homme fort aimable; il sut si bien flatter Murat que celui-ci, trompé à son tour par le général russe, s'empressa d'accepter l'armistice, malgré les observations du maréchal Lannes, qui voulait combattre; mais Murat ayant le commandement supérieur, force fut au maréchal Lannes d'obéir."

Bien évidemment, Koutousov n'attend pas la volonté de Napoléon. Dans la nuit du 15 au 16, l'armée russe marche vers Pohrlitz (non loin de Znaim), qu'elle va atteindre le 17. Il gagne ainsi deux marches sur ses poursuivants.

Murat, confiant que la coalition austro-russes s'est brisée (sinon, comment expliquer l'accord de Koutousov), a envoyé le "traité" à ratifier à Napoléon. Il l'informe même, le 16, que les Russes s'en tiennent à leur signature, et sont restés dans leurs positions !

La réponse de Napoléon est sans appel: le cessez-le-feu doit être rompu, et Murat doit passer à l'attaque ! Car Napoléon a lu dans le jeu des Russes et il craint de perdre le bénéfice des opérations antérieures, dont le but a été d'empêcher la réunion des deux armées.

Murat se rend compte de sa faute et obéit: le samedi 16 novembre, en fin d'après-midi, il passe à l'attaque.

Les combats du 16 novembre.

Dans la campagne au nord d'Hollabrunn, les 8000 hommes de Bagration font face aux 30000 soldats de Murat. Le terrain est relativement plat, et offre peu de possibilités d'abri, si ce ne sont ces ondulations qui courent d'ouest en est. Le général russe a son quartier général entre Schöngrabern et Grund. Il a disposé son centre le long de la route qui vient de Suttenbrunn (grenadiers Kiev et fusiliers Azov), son artillerie étant positionnée derrière Grund. Sa droite est protégée par les dragons Tchirikov, sa gauche par les hussards Pavlograd et le 6e régiment de chasseurs à pied. En réserve, à Grund (que les russes ont à la hâte fortifié) des éléments des fusiliers Narva et Novgorod. En avant de Grund, à la ferme Nexenhof, Nostitz a installé un point d'appui avec ses hussards et des cosaques.

De son coté, Murat a pris position entre Hollabrunn et Suttenbrunn, avec sa cavalerie et des éléments des corps d'armée de Soult et Lannes. Au mépris des accords passés, il a envoyé des troupes de chaque coté de la route qui mène à Schöngrabern, de manière à pouvoir éventuellement prendre l'adversaire de flanc. On est en hiver déjà: ces mouvements ne peuvent passer inaperçus de l'ennemi, mais Bagration laisse faire.

Aux premières heures de la matinée du 16, Nostizt, Winzingerode et Dolgorouki en personne se rendent à Schöngrabern, pour poursuivre les négociations d'armistice. Qu'elle n'est pas leur surprise de s'apercevoir que leurs propres avant-postes sont déjà entourés de troupes ennemies !. Dolgorouki prend le parti de retourner dans ses lignes, mais les deux autres poursuivent vers Suttenbrunn, où ils rencontrent les généraux français. Comme ils s'étonnent de voir les troupes ennemies en marche, ils apprennent que le cessez-le-feu est rompu, et que   l'attaque est même imminente. Et d'être emmenés à Hollabrunn, pour qu'ils ne puissent participer aux combats. Comme ils ne seront pas considérer comme prisonniers de guerre, ils rejoindront quelques jours plus tard leur armée, en passant par Brünn.

A quatre heures de l'après-midi (la nuit commence à tomber) les combats éclatent.

Dumas:

"A quatre heures après-midi, on donne l'ordre d'attaquer l'ennemi. La division formée en trois brigades..(la première) fait son mouvement par la gauche du village de Schöngrabern pour tâcher de tourner le flanc droit de l'ennemi"

Murat lance ses troupes depuis les hauteurs qui dominent Schöngrabern. L'artillerie russe, depuis Grund, bombarde le village. L'église et une soixantaine de maisons sont bientôt en flammes, de sorte qu'Oudinot et la cavalerie ne peuvent atteindre le centre du village.

Dumas:

"(...) le village de Schöngrabern qui, pendant le combat, était en proie aux flammes, répandait par moment une grande clarté à la faveur de laquelle on rechargea à coup sûr l'ennemi qui se repliait dans le plus grand désordre du coté de Junstersdorf"

Les troupes de Soult attaquent la droite russe, celles de Lannes sa gauche. Les combats sont particulièrement violents. Mais bientôt Oudinot parvient à traverser le village et a atteindre le Nexenhof, puis Schöngrabern, forçant les russes à évacuer le village et à se retirer vers Guntersdorf.

Les Français sont restés maîtres du terrain, mais Bagration a rempli son contrat: la retraite des troupes russes ne peut plus être menacée.

Dumas:

"C'était le prince Bagration qui commandait ce corps russe; il avait reçu l'ordre de tenir autant qu'il pourrait ou d'obtenir de la part des français une (sic) armistice de 24 heures pour donner le temps au corps d'armée de Koutousov d'effectuer sa retraite par la Bohême pour se rendre en Moravie."

Les pertes ont été importantes des deux cotés: les Russes perdent environ 3000 hommes, dont 1800 prisonniers

Pouget:

"Là (à Hollabrunn) il y eut un combat qui eut pu être qualifié de bataille; nos ennemis furent battus, laissant deux mille morts sur le champ de bataille, qu'ils nous abandonnèrent pour se retirer sur Brünn et Olmutz."

Langeron:

"De huit mille hommes dont se composait ce détachement (l'arrière-garde russe) quatre mille restèrent sur le champ de bataille. Les régiments d'Azov et de Podolie furent réduits à trois cents hommes"

Du coté français, on déplore la perte de 2000 hommes. Oudinot est gravement blessé: il est ramené à Vienne, où il s'installe dans le Neubergerhof, et ne participera pas à la bataille d'Austerlitz.

Dumas:

"(...) le brave Oudinot qui, avec le plus grand sang-froid, parcourait le front de la ligne ennemie à portée de pistolet, aussi fût-il atteint d'un coup de feu à la cuisse ainsi que ses deux fidèles compagnons de gloire, MM. Demeugeot et Lamothe ses aides de camps, le premier grièvement blessé à la tête et le deuxième, la main traversée d'une balle."

Napoléon était arrivé dans la matinée du 16 à Hollabrunn. Le lendemain il traverse le champ de bataille en se rendant à Guntersdorf; le soir même il est à Znaim.

Dumas:

"L'Empereur passa à coté de nous; [il] a demandé des détails sur le combat d'hier à plusieurs chefs de corps; la division ayant perdu son général ne pouvait trouver quelque adoucissement à cette perte qu'en voyant à sa tête le général Duroc, qui jouit pleinement de la confiance de Sa Majesté l'Empereur. M. le général fut nommé au commandement provisoire de la division"

 

LIEUX DE MÉMOIRE

 

C'est à peu près à l'endroit où, dans l'après-midi du 16 novembre 1805, éclatèrent les combats, sur la route qui va de Suttenbrunn à Schöngrabern, que se trouve, sur une petite hauteur, un monument érigé en 1908, qui rappelle non seulement les combats de novembre 1805, mais aussi ceux du 10 juillet 1809. Cet obélisque montre qu'il est aujourd'hui impossible de les séparer. Vraisemblablement, ce sont des restes de soldats russes qui ont permis de faire référence à l'année 1805, puisque que, en l'espace de quatre ans, les français et les autrichiens se sont affrontés sur le même terrain. A chaque fois les pertes ont été ont été importantes, comme le matériel laissé sur place. A chaque fois les morts furent enterrés dans les cimetières des églises voisines, ou dans des fosses communes, de nouveau recouverts de nos jours par les champs.

Un tableau de Le Comte, au Louvre, célèbre la victoire des Français à Hollabrunn, de même que son inscription sur l'Arc de Triomphe de Paris, mais il s'agit à chaque fois de celle de 1809, considérée par les Français comme plus importante. L'obélisque est donc le seul monument qui rappelle les deux événements.

A l'est de la route qui va de Schöngrabern à Grund, se trouve encore la Nexenhof, mais il est peu probable que les bâtiments actuels soient ceux du début du XIXème siècle.

Plus loin, en continuant la route, à Grund, une plaque a été apposée sur la façade de l'église, à la mémoire des soldats français dont les restes furent retrouver alentour.

 

A Hollabrunn se trouve le vieux moulin (Hofmühle), au sommet duquel Napoléon serait monté, dans l'après-midi du 16 novembre 1805. Les bâtiments abritent depuis 1974, le musée municipal, dont deux salles rappellent les événements de 1805 et 1809.